Cunqueiros

Asturias, Asturies, Degaña, Ibias, folklore, cunqueiros, boisLors de notre escapade à Ibias on a fait une de ces rencontres enrichissantes au hasard du chemin avec Rosa et Vitorino. On ne savait pas trop quoi faire et on s’était décanté pour   Degaña quand on a vu un panneau indiquant: «el ríncon cunqueiro».

Le nom de cunqueiro provient de concas (bols en asturien), objet taillé en bois représentatif de leur artisanat. Les cunqueiros habitent, ou habitaient, dans une vallée difficile d’accès et   pauvre en  pâturages où ils ne pouvaient  vivre uniquement des ressources agraires ou agricoles, le tournage du bois était donc un moyen de subsistance.

Les hommes allaient vendre leurs produits aux marchés ou aux foires des alentours, mais  ils étaient aussi obligés de partir beaucoup plus loin. Des groupes de 3 à  7 hommes prenaient donc la route vers le sud début octobre, emportant juste les parties indispensables de leur tour, pour une durée de 7 à 9 mois, et fabriquaient les objets selon les besoins des villes et villages où ils passaient.

Les femmes restaient à la maison avec les enfants et les plus âgés. Elles s’occupaient des élevages, des champs, de la maintenance de la maison, de l’organisation du village et évidemment des enfants.

Ce moyen d’existence disparaît dans les années soixante mais aujourd’hui, grâce à des gens comme Rosa ou Vitorino qui transmettent avec passion leur savoir et leur culture ont a la chance de pouvoir partager et comprendre un petit bout de leur histoire.

Le bruit du moteur fait aussitôt sortir Rosa de son atelier, elle a commencé à parler et ne s’est arrêtée que 3h après, quand on est parti! En fait il ne s’agit pas que d’aller faire un tour dans son magasin pour voir ce qu’on pourrait acheter. Rosa nous fait visiter son atelier, la reconstitution d’une maison traditionnelle cunqueira, et nous fait une démonstration de taille du bois en nous racontant la vie quotidienne des cunqueiros, comme son grand-père et arrière grand-père, de l’organisation des femmes qui restaient chez elles dans une vallée complètement isolée en hivers à cause de la neige. On pourrait croire que cette époque est révolue, mais maintenant Rosa nous révèle qu’elle a mis 8 ans à obtenir la permission pour mettre le fameux panneau indicateur qui nous a fait venir jusqu’à elle. Elle nous dit que les visites qu’elle organise sont totalement gratuites et qu’elle ne reçoit aucune subvention de la Principauté…hmm…je me demande quand même pourquoi il y a eu tant de subventions pour les musées d’art moderne, je dirais même ultra moderne…je me souviens encore de la fois où j’ai visité une exposition à La Laboral (Gijón). Je rentre dans une salle énorme et complètement vide avec une bande son qui émettait un bourdonnement métallique. J’aperçois une phrase au loin inscrit sur le mur: son du scanner médical …..mouai….bon aller, salle suivante….encore une grande salle vide, bande son: bruit des rues de Montréal le jeudi matin…d’aaaccooord, bon moi je n’ai pas le QI nécessaire pour comprendre ce genre d’art et, d’après les statistiques des visites à ce genre d’expo, je ne suis pas la seule.

tambourins fabriqués par Rosa

Par contre je pense qu’on serait beaucoup plus nombreux à aller voir el Rincón Cunqueiro, d’une part parce que c’est une partie intégrante de la culture traditionnelle asturienne et d’autre part parce que Rosa et Vitorino ont un regard sur la vie complètement différent de nous autres qui venons de la ville. Ce sont des gens qui prennent le temps de parler, d’écouter, de transmettre et de partager en y mettant beaucoup de passion.

Rosa m’a confirmé que cet été elle avait reçu la visite d’un total de 57 français dont un qui ne savait pas un mot d’espagnol mais qu’il avait tout compris quand même parce qu’elle parle beaucoup avec les mains ! :-)

 

Je vous invite à voir les vidéos sur Facebook et le site de Rosa: http://www.elrinconcunqueiru.com/

2 thoughts on “Cunqueiros

  • 14 novembre, 2012 at 20:24
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    Rosa se fait comprendre parce qu’elle parle beaucoup avec le coeur.
    Avez-vous lu ses poesies dans la langue du pays? « Torneiru cunqueiru ou tixileiru / que yá casi nun fai tixela, / tixela que yá nun s’usa, / tradiciois que se deixan./ »

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  • 14 novembre, 2012 at 23:07
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    Rosa nous transmet ses expériences avec passion sans rien demander en retour si ce n’est que l’on emporte un peu de culture cunqueira avec nous. Rosa, la dernière cunqueira, est une battante comme l’étaient ses ancêtres, qui lutte pour la survie des tixileiros.
    Alors c’est donc avec un peu de honte que j’avoue ne pas avoir lu ses poèmes.

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