Maisons d’indianos

On appelle Indiano l’émigré espagnol qui a fait fortune en Amérique du Sud. Le mouvement migratoire européen vers les Amériques fin XIX début XX touche également l’Espagne, notamment les régions côtières (Galice, Asturies, Cantabrie, Pays Basque, Canaries, etc.) où les mouvements portuaires favorisent les départs.

Les raisons de l’émigration sont diverses selon l’époque et la condition de chacun: les crises agraires, imiter un parent déjà installé en Amérique,  échapper au service militaire ou à la guerre.

Le profil de l’émigré  varie selon la cause du départ. Les crises agraires poussent les aînés à chercher d’autres moyens de subsistance que de cultiver une terre qui  devra être partagée entre une demi-douzaine d’héritiers. L’émigration par imitation consistait à répondre à l’invitation d’un parent déjà installé en Amérique ou suivre l’exemple d’un voisin. Le service militaire, lui, obligatoire à partir de 17 ans, pouvait durer entre 3 et 7 ans selon si le  pays était en état de paix ou de guerre. Les conditions de vie d’un militaire concurrençaient difficilement avec les opportunités qu’offrait le nouveau continent. Les gamins embarquaient donc dès l’âge de 15 ans et en tant que mère d’une préado j’avoue que des fois j’y vois certains avantages! 😉

Source: http://www.jaberni-coleccionismo-vitolas.com

L’émigration a été de telle magnitude (plus de 300.000 pers.) qu’il est difficile de trouver un asturien qui n’a pas au moins un grand-oncle, un cousin ou autre parent à Cuba, Argentine, Mexique, Chili, etc. Et l’histoire se répète car nous sommes en train de vivre une nouvelle vague d’émigration, de jeunes et moins jeunes, poussés par la crise économique à tenter leur chance hors de la Péninsule Ibérique.

Malgré les différentes époques, raisons ou terres d’accueils, un modèle se répètent  chez les émigrés asturiens et j’ajouterai les galiciens.  Ils sont d’abord très prisés pour la main d’œuvre car ce sont des travailleurs infatigables et fidèles à leur patron. Mais ce qui les caractérise le plus c’est d’une part l’amour inconditionnel qu’ils portent à leur terre natale, une passion et un orgueil qui ne s’efface pas avec le temps. Même s’ils s’intègrent bien dans leur lieu de destination,  la nostalgie des Asturies perdure  la transmettant même à leurs enfants et petits-enfants. D’autre part, les asturiens s’entre-aident toujours en dehors de la Principauté. Que ce soit sous forme d’associations pour accueillir et aider les nouveaux arrivants ou de particulier à particulier proportionnant un logement ou un travail.

Hôtel Quinta Villanueva, Colombres

Venons-en maintenant au sujet de cet article: les casas de Indianos. Une fois fortune faite (c’est vite dit mais il fallait souvent toute une vie pour y arriver et seuls quelques-uns y parvenaient) les Indianos investissent en infrastructures dans leur ville d’origine: écoles, hospices, routes, etc.  Mais aussi en se faisant construire une énorme maison symbole de leur triomphe.

Villa Rosario, Ribadesella

Ils rivalisaient entre eux pour réaliser la plus grande, la plus hétéroclite et la plus colorée des villas. Certaines sont d’une telle splendeur qu’elles semblent sorties tout droit d’un conte de fées! Des maisons somptueuses qui ont des points en commun: un escalier colossal (intérieur et/ou extérieur), un palmier comme emblème de l’origine de leur richesse, elles portent souvent le prénom d’une femme, des jardins raffinés, etc.

Près de 2000 casas d’ Indianos parsèment tout le paysage asturien et quelques-unes se sont converties en hôtel ce qui nous permet de nous prendre pour des émigrés fortunés l’espace d’un week-end ou plus.

Salon de Villa Isabel (Photo d’Alejandro Braña)

Grâce à Alejandro Braña, photographe professionnel passionné de culture indiana qui immortalise l’intérieure des villas avec ses superbes photos, on a la chance de pouvoir pénétrer à l’intérieure de la plupart d’entre elles depuis notre fauteuil!  Je vous invite à consulter son blog et à acheter ses livres! http://www.asturiaspordescubrir.com/

Une maison en particulier vous captive et vous voulez en savoir plus sur elle? Allez sur http://casonasdeindianos.blogspot.com.es et cliquez sur le nom de la ville correspondante dans «etiquetas». L’auteur rapporte l’histoire de leurs propriétaires y ajoutant parfois leurs portraits.

Le musée de l’émigration/archives d’Indianos à Colombres, situé dans une maison impressionnante digne d’Eurodisney, expose des objets et des documents illustrant la vie quotidienne des émigrés. Dans cette même localité un hommage leur est rendu tous les ans début juillet: la Feria de Indianos. Si vous ne pouvez pas être au rendez-vous, consolez-vous en parcourant la route des casas de Indianos.

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